Coordination de l’Appel de Strasbourg pour une paix juste au Proche-Orient
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D’un ami fidèle
Lettre ouverte à Charlie Hebdo et " adresse " à Cavanna
dimanche 12 février 2006
Franz à Charlie Hebdo
Messieurs
Permettez-moi de vous faire savoir que vos considérations sur l’Islam et votre éloge dithyrambique de la laïcité, de la liberté à la française qui n’a rien d’équivalent sur la planète, liberté menacée par l’islamisation de la France sont de bien vieilles lunes hérités de notre glorieux passé colonial et républicain. Plus précisément, elles mettent bien en valeur la schizophrénie paranoïaque dominante concernant l’Islam présenté comme étant enfermé dans ses archaïsmes terroristes, dans son refus de la modernité.
Cette idée basique incrustée, depuis cent ans, dans notre République laïque et colonialiste, parfois s’estompe mais resurgit, tout particulièrement depuis quelques années, dès le moindre incident, de crime de lèse majesté faite à nos Valeurs Républicaines
Pour avoir vu sur ARTE « L’empire aux trois couleurs », j’ai été rappelé au souvenir de cette « réalité » qui permettait à nos illustres et respectables humanistes républicains et laïques tels que, pour ne citer que les plus éminents : Jules Ferry et Jean Jaurès, comme bien d’autres, d’exalter la Mission civilisatrice de la France dans le monde de l’inculture et la barbarie musulmane.
Pour ce qui me concerne, athée militant, je pense que dans les trois monothéismes, il n’y en a pas un pour sauver l’autre, mais pour l’heure, contrairement à vos affirmations péremptoires, judaïsme et christianisme tiennent avec leurs guerres au NOM DE NOS VALEURS DE CIVILISATION le pompon, si on prend en considération le nombre de morts et tonnes de gravats à porter à leur crédit, ne serait ce que pour ces quinze dernières années
Quant aux « terroristes musulmans » que vous vilipendez, au point vous souhaiteriez qu’ils soient « dévoués par anathème », ils ne mènent, à côte des grands travaux de dératisation menées par les USA en Irak et Israël dans les territoires occupés que des actions criminelles bien ponctuelles, que j’ai la faiblesse d’appeler, tout particulièrement pour ce qui concerne les Palestiniens ACTES DE RESISTANCE d’un peuple contre l’OCCUPANT.
Pour ce qui concerne les caricatures incriminées, à priori elles ne me choquent point trop pour leur dimension religieuse iconoclaste, mais bien par cette idée ancrée dans nos mentalités : ISLAM=TERRORISME.
Au nom de cette « liberté à la caricature » c’est à dire au raccourci iconoclaste, dont vous prétendez être les hérauts, il n’y aurait rien à redire, si vous jugiez opportun de renvoyer de la même façon l’ascenseur à vos "amis" juifs ou chrétiens en traitant avec la même cinglante et dévastatrice ironie les crimes contre l’humanité, d’Israël ou des États-Unis, ce dont j’en doute.
Il me souvient de la façon dont vous avez réagi devant les sketchs d’un certain Dieudonné (Je vous avait d’ailleurs envoyé un courrier à ce propos) qui n’a fait que souligner d’une façon bien cruelle certains aspects du projet de colonisation sioniste et les vertus guerrières d’Israël bien exaltées dans la Bible, comme dans toutes les « productions » littéraires et théologiques des trois monothéismes.
Qu’en serait-il, si un caricaturiste se permettait de représenter Yahvé, le Dieu d’Israël, juché sur un hélicoptère ou un avion à réaction entrain de lancer des missiles sur les Palestiniens affolés, avec cette inscription biblique du genre « Dévouez vos ennemis par anathème » (cf Le Deutéronome) ou de présenter une caricature ou une photo des razzias sionistes avec ce slogan qu’on nous servait jusqu’en 1967 : « Une terre sans peuple, pour un peuple sans terre ».
Je viens d’apprendre que vous seriez prêts à publier les caricatures antisémites de certains caricaturistes musulmans, je vous comprends fort bien. Il est à parier que ce serait une manne céleste pour vous confirmer dans cette attestation de votre bonne foi affiché, par Cabu sur la première page : « Mahomet débordé par les intégristes », qui apparaît comme un clin d’œil subtil pour nous dire que, vous ne vous en prenez pas à l’Islam en tant que religion révélée mais aux intégristes qui osent résister aux DIKTATS, pardon aux INJONCTIONS de l’OCCIDENT.
De fait dans cette « affaire » il ne s’agit pas d’un problème de religion à strictement parler, mais bien d’un problème politique instrumentalisé, selon vous, par les islamistes. Donc, installés dans vos certitudes laïques, vous voulez affirmer haut et fort que la religion n’a pas à se mêler de la politique.
Mais là où justement ça cloche, c’est quand vous admettez que Israël a un droit à l’existence sur la terre de Palestine, avec en prime un DROIT AU RETOUR pour les Juifs conformément à leurs croyances, alors que vous déniez, au nom de ce droit à l’existence d’Israël comme Etat du peuple juif, le DROIT AU RETOUR des réfugiés palestiniens, droit pourtant inscrit dans la Résolution 194 de l’ONU. Et surtout quand vous soutenez, plus ou moins les Croisades menées au nom de nos VALEURS DE CIVILISATION, c’est ce qu’un certain Docteur Kouchner appelait joliment « Droit d’Ingérence humanitaire », c’est le comble de la laïcité, dans sa bonne tradition républicaine, humaniste judéo-chrétienne.
Adresse à Cavanna
Monsieur,
Dans le genre antisémitisme « islamophobe », vous déployez un talent de beauf franchouillard qui vaut son pesant d’or dur quand vous nous laissez entendre : « L’islam, lui, out en terre d’Occident. Et donc, où est l’islam, cette minorité d’excités est aussi. Il faut le dire, la peur règne....Nous incroyants, devons subir la loi des croyants -de certains croyants -parce qu’ils nous font peur. Rangez vos discours lénifiants. Vous avez la trouille. J’ai la trouille... Je ne me moquerai plus d’Allah ni de son prophète, parce que j’ai la touille »...
Je ne ferai pas d’explication de texte, tout le monde pourra lire votre appel angoissé : « Chasse Dieu à coup de pied, il revient enturbanné ! »
Monsieur, permettez-moi de vous faire remarquer, qu’avec avec vos escarpins ou sabots « d’homme révolté » à la façon d’Albert Camus, vous donnez à votre indignation, sans doute involontairement, une certaine couleur locale de propagande sioniste dont Philippe Val souvent se fait souvent l’ardent zélote, et que pour une heure si grave, vous avez, droit d’aînesse oblige, brillamment relayé.
Quand vous vous posez la question : « Pourquoi ce vacarme indigné, pourquoi ces menaces, et, surtout, pourquoi précisément maintenant ? Est- ce là une conséquence de la soudaine accession au pouvoir du Hamas palestinien ? Faut-il y voir un avant du climat de violence et d’insécurité qui, jusqu’ici a caractérisé l’action du Hamas ? C’est - à - dire créer un climat de guerre sainte, sur l’image d’un islam persécuté et méprisé partout en Occident ?
Bien sûr, Monsieur, la question vaut la peine d’être posé, mais je me permets de vous faire remarquer que le battage médiatique autour de ces caricatures a bien été organisé par France Soir et quelques autres, comme par hasard après la victoire du Hamas. Ce genre d’actions de propagande qui vise à nous plonger dans l’Effroi s’apparente, si je me réfère à la campagne sioniste menée avant le Blitzkrieg de juin 1967, aux thèmes , désormais bien rôdés de la PROPAGANDASTFFEL SIONISTE qui en donnant à une large publicité à ces caricatures qui disqualifient, non point tant l’Islam, mais la résistance du peuple de Palestine, savait bien que certains musulmans allaient foncer comme des taureaux,et confirmer ainsi nos « peurs » que vous êtes entrain de combattre avec votre plume acérée, pendant que Israël envoie ses divins missiles sur cette peste verte, avec votre bénédiction, et celle de vos « courageux » confrères.
Monsieur,
Pour votre information, je me permets de vous faire remarquer que le Hamas a eu en face de ces caricatures une attitude à la fois digne et chargée de toute l’ironie d’un Mouvement qui connaît ses adversaires, « ses oiseaux » qui se présentent comme des « colombes de la paix », alors qu’ils poursuivent leur entreprise de travaux public d’aménagement des territoires occupés et l’éradication des activistes, de cette « peste verte » qui sera, si Dieu le veut, le terreau de la Terre Sainte, en toute quiétude, avec votre aimable complicité.
Figurez-vous, cher Monsieur, le Hamas aguerri par ses années de luttes de Libération nationale ne mange pas du pain que vous voudriez qu’il mange pour justifier les crimes dont Israël s’honore en invoquant sa « sécurité »
Pour clore je vous citerai un poème de Mammoud Darwich
Le martyr m’éclaire : je n’ai pas cherché au-delà de l’étendue
Les vierges de l’immortalité car j’aime la vie
Sur terre, parmi les pins et les figuiers,
Mais je ne peux y accéder, aussi y ai-je visé
Avec l’ultime chose qui m’appartienne : le sang dans le corps de l’azur.
Le martyr m’avertit : Ne crois pas leurs youyous
Crois mon père quand il observe ma photo en pleurant
Comment as-tu échangé nos rôles, et m’as - tu précédé.
Moi d’abord, moi le premier !
Le martyr m’encercle : je n’ai changé que ma place et mes meuble frustes.
J’ai posé une gazelle sur mon lit,
Et un croissant lunaire sur mon doigt,
Pour apaiser ma peine.
http://eutopic.lautre.net/coordination/spip.php?article689
Études de cas > Charlie Hebdo : la vieillesse est un naufrage
Lettre ouverte à Cavanna, fabricant de haine, À propos de la dérive sécuritaire de Charlie Hebdo
Par Olivier Cyran, Mars 2006
Article
Depuis le référendum sur la Constitution européenne, les émeutes de novembre 2005 et l’ « affaire des caricatures de Mahomet », nul ne peut plus ignorer les dérives réactionnaires, islamophobes et anti-arabes de Charlie Hebdo. La publication opportuniste desdites « caricatures », et surtout le refus obstiné de condamner deux d’entre elles dont le caractère raciste était pourtant évident, a suscité de nombreux commentaires [1]. L’épisode a aussi été l’occasion de rappeler les précédentes dérives de cet hebdomadaire réputé « satirique » et « progressiste » [2]. Le texte qui suit constitue une nouvelle pièce au « dossier Charlie Hebdo » : il évoque la lamentable conversion de François Cavanna, membre fondateur du journal, aux dogmes sécuritaires. Les faits remontent au début de l’année 2002 : dans un article publié le 9 janvier, l’écrivain salue avec satisfaction la mort de Moussa, 17 ans, abattu le 2 janvier 2002 sur le périphérique parisien d’une balle policière dans la tempe. Estimant que la jeune victime avait « pris des risques » (en acceptant de monter à bord d’une voiture volée) et que sa fin brutale était dans l’ordre des choses, Cavanna enchaîne en gesticulant furieusement contre les « voyous » des banlieues, ces « brutes à front bas » qui sèment la « terreur » sous « l’œil placide » [3] des policiers. C’est en réaction à cet article qu’Olivier Cyran, ancien collaborateur de Charlie Hebdo, a écrit le texte qui suit, « sans illusion quant à l’utilité d’une telle entreprise, mais avec le sentiment de me débarrasser d’un gros nœud dans la gorge ».
Cher Cavanna,
D’après toi, le « gars » qui est mort voici deux semaines d’une balle policière reçue en pleine tête n’a donc eu que ce qu’il méritait. « Il avait pris des risques », soulignes-tu à plusieurs reprises. Les fous furieux qui réclament le retour à la guillotine se bordent en général à concentrer leur ferveur homicide sur les tueurs d’enfants. Toi, tu proposes le tir à vue sur les voleurs de voitures. De la part d’un pacifiste irréductiblement opposé, croyais-je, à toute forme de chasse et de peine de mort, c’est une position originale, je dirais même, oui : courageuse. Lorsque « le con se surpasse », pour reprendre le titre d’un de tes livres, le courage est toujours d’une aide précieuse. Cependant, comme tu as bien conscience qu’un vol de voiture ne saurait raisonnablement passer pour un crime passible du peloton d’exécution, il te faut charger la barque et inventer de toutes pièces une « attaque, revolver au poing », là où il n’y avait qu’une médiocre équipée à bord d’une bagnole chourrée. Peut-être disposes-tu d’informations inédites, auquel cas la police serait heureuse de les entendre. Pour l’heure elle n’a pas trop de quoi être fière, même si le policier tireur, comme toujours dans ce genre d’affaires, a été aussitôt blanchi au prétexte de la « légitime défense ».
Au fond, tu as raison : que nous importe la réalité des faits ? Quand bien même le « gars » aurait commis un hold-up fracassant, j’estime qu’il ne méritait pas d’agoniser la tête dans le giron de son copain. Une mort par balle est toujours une mort dégueulasse, surtout lorsqu’elle a été administrée sans jugement par un officier de la police publique. C’est ce qu’on appelle une question de principes. Pour autant, le fait que tes principes à toi suivent désormais la pente en vogue de la schlague sécuritaire ne devrait pas t’interdire d’être un poil plus rigoureux, ou plus honnête. Il faut savoir de quoi on parle lorsqu’on décrète juste, naturelle et salutaire la mort violente d’un « gars ». Celui dont nous parlons a été abattu d’une balle dans la tempe, ce qui signifie que le coup de feu mortel venait de côté et non de face. Sans être Sherlock Holmes, j’aurais tendance à en déduire que la voiture était en train de dépasser le policier au moment où celui-ci vidait son chargeur à hauteur de tête (trois impacts de balles retrouvés), et qu’elle ne menaçait donc nullement sa vie. Au rayon des petits détails techniques,on ajoutera que pour stopper un véhicule, il existe d’autres méthodes que l’élimination physique de ses passagers. La herse cloutée posée à même la chaussée en fait traditionnellement partie, mais il y en a d’autres.
Venons-en maintenant à ce « gars » anonyme sur lequel tu bâtis ta brillante démonstration. Il avait 17 ans et s’appelait Moussa. Ils s’appellent tous Ali, proclamait le titre d’un film des années soixante-dix, mais bon, celui-ci s’appelait Moussa, il y a des exceptions partout. En octobre dernier, Moussa participait à un rassemblement devant le Palais de Justice de Versailles. C’était à l’occasion du procès en assises d’un policier, Pascal Hiblot, accusé d’avoir tué d’une balle dans la nuque un jeune habitant de Mantes-la-Jolie, Youssef Khaïf. Comme tu le sais peut-être - et si tu ne le sais pas, la nouvelle devrait te combler - l’agent tueur a été acquitté. Moussa faisait partie de ce ceux qui ont manifesté dignement - mais oui ! - contre ce déni de justice, cette prime à la bavure. On l’a vu avec d’autres « voyous » embrasser la mère de feu Youssef, au moment où elle sortait en titubant du Palais de Justice où l’on venait de bénir le meurtrier de son fils.
Car Moussa ne faisait pas que voler des voitures. Il militait, aussi, à sa manière. Ceux qui l’ont rencontré dans les manifs du MIB (Mouvement de l’immigration et des banlieues) disent de lui que c’était un gamin souriant, pas con du tout, tout à fait capable de gestes solidaires et d’actes désintéressés. Ah oui, c’est vrai, j’oubliais... « On n’a jamais vu, dis-tu, la banlieue se mobiliser pour défendre un quidam non issu d’elle-même. Ni protester contre les tripatouilllages politico-financiers, les marées noires, les monstruosités sociales... » C’est curieux, en effet, cette sale manie qu’on les gens de se bagarrer en premier lieu contre ce qui les frappe, les heurte ou les humilie dans leur vie quotidienne. Les grévistes de Mc Do, par exemple : au lieu de se ranger derrière une cause noble et universelle, ces petits cons s’emploient égoïstement à dénoncer leurs conditions de travail. Et les séropositifs d’Act Up, alors ? Que ne militent-ils pas contre les rhumatismes, plutôt que de s’attaquer bêtement au sida ! Toi-même Cavanna, dans les colonnes de ton journal, tu gémis régulièrement sur la durée de vie, scandaleusement trop courte à tes yeux, dont tes ouvrages pâtissent en librairie. C’est un sujet que tu traites plus volontiers et à meilleur escient que les banlieues, et c’est normal : à chacun de parler de ce qu’il connaît, il n’y a pas de mal à ça. Les « voyous » que tu fusilles par écrit ne se révoltent guère, c’est vrai, contre les envois au pilon de tes bouquins, et fort peu, c’est vrai aussi, contre le FMI ou TotalFina. La conscience politique propre à ceux dont l’univers se limite à leur hall d’immeubles est parfois d’une vacuité déprimante. Je doute cependant que tu contribues à leur édification morale en crachant « Bien fait ! » à la gueule de leurs copains morts pour rien.
Les pauvres sont souvent de mauvaise compagnie, ça ne date pa d’hier et c’est ce qui justifie un journal comme Charlie. On peut à bon droit traiter de petits cons les banlieusards à casquette qui déambulent dans Paris le samedi soir, à la recherche d’un chapardage ou d’une épreuve de force. Je ne t’en voudrais pas de les accabler, à conditions toutefois que tu montres une indignation au moins égale à l’encontre du système qui les a cloués sur cette planche pourrie. Toi qui as vécu les trente glorieuses, tu pourrais te souvenir du processus de déglingue qui s’est amorcé durant cette période. J’ai rencontré les parents de Moussa, vendredi dernier, dans leur HLM des Mureaux. La cité où ils habitent - des cubes de béton à moitié vétustes portant des noms de grands compositeurs... - fut construites dans les années soixante-dix pour héberger la main-d’œuvre immigrée de Flins-Renault et de Talbot-Poissy. Importée de Maroc et d’Algérie, la chair à usines était assignée à résidente dans ces dortoirs géants munis de toutes les commodités modernes, parking, chauffage central et XC, mais où l’on avait juste oublié d’installer des lieux de culture, de loisirs et de vie.
« On était programmés pour le boulot et le dodo, et rien d’autres », m’a dit un vieux des Mureaux. Pas de librairie, pas de bistrot, pas de théâtre, que dalle, juste des alignements gris pour le parquage de l’ouvrier. Les belles années soixante-dix étaient aussi des années de ségrégation, de cynisme et d’exploitation sauvage. Tiens, j’ai retrouvé un vieux numéro de Charlie Hebdo du 6 décembre 1971, dans lequel est reproduite une interview fort instructive de François Bouygues. A l’époque, les patrons n’avaient pas encore de conseillers en communication, ils se lâchaient sanas vergogne. Voici, pour te rafraîchir la mémoire, ce que disait Bouygues à propos de la main-d’œuvre immigrée, qui représentaient 88% de son personnel :
« Nous ne pouvons pas la former car si nous la formons, nous l’avons pas l’espoir que nous pourrons la conserver (...). Ces gens-là sont venus ne France pour gagner de l’argent. Et à partir de là il leur est égal de travailler douze heures par jour ou même seize heures l’été quand ils le peuvent ».
C’est ainsi qu’on pressa le jus de ces « gens-là », sans se soucier une seconde de ce qu’il adviendrait de leur vieillesse et de leur progéniture. J’en ai vu, de ces vieux immigrés brisés par les heures sup, handicapés du travail ou chômeurs en dépression, perclus de douleurs, acculturés, muets à force d’humiliations. Le père de Moussa est l’un d’eux. Son fils est né avec ce passé-là sous les yeux et une barre de béton en guise d’avenir. Le 28 octobre, il était quand même à Versailles pour témoigner sa solidarité envers une famille qu’il ne connaissait pas, mais qui a perdu un fils dans une bavure policière. Deux mois plus tard, c’était à son tour de tomber sous les balles d’un flic. La routine... Ce qui est nouveau, c’est qu’aujourd’hui un « gars » tombe sous les applaudissements d’un écrivain qu’un jour, peut-être, il aurait pu prendre plaisir à découvrir. Car tes bouquins sont aussi lus en banlieue, et aussi par des Arabes...
Je ne prétends pas que l’histoire de l’immigration (qui est aussi celle d’une mentalité coloniale recyclée en pragmatisme économique) permette à elle seule de répondre à la question essentielle : pourquoi, par une nuit glaciale, à 3 heures du matin, Moussa se trouvait-il dans une voiture fonçant à toute blinde sur le périph, en compagnie de deux autres ados, dont un de 14 ans ? Ce n’est pas une question simple. Cependant, à moins de considérer qu’une casquette de délinquant est inscrite dans le patrimoine génétique du basané de banlieues, il faut bien admettre qu’un enchevêtrement de causes multiples a déterminé ce gâchis. Il serait peut-être temps de dénouer la pelote, si on ne veut pas qu’elle prenne feu. Tirer dans le tas est sans doute plus facile, mais pas forcément plus productif. Quant à invoquer comme tu le fais le bon vieux temps mythique, celui des « malfrats de naguère »... Quelle rigolade ! D’ailleurs, es-tu vraiment sûr qu’ils ne « serait pas venu à l’idée » de ces braves truands à l’ancienne qu’ils « étaient victimes d’une injustice » ? Bon Dieu, mais l’histoire est remplie de hors-la-loi qui estimaient avoir des comptes à régler avec la haute ! Et qui auraient, eux, trouvé parfaitement dégueulasse que l’on plombe un gamin pour excès de vitesse.
Désolé, Cavanna, mais non, Moussa n’avait pas « pris ses risques », c’est la société qui lui en a fait courir plus que de raison, en le faisant délibérément grandir dans toute cette merde. Où étiez-vous, toi et les autres, durant ces merveilleuses années soixante-dix qui font venir aux yeux de Wolinski des larmes de nostalgie ? Qu’avez-vous fait à l’époque, toi et les autres, contre ces « monstruosités sociales », dont les conséquences ont tué Moussa ? Et dans quel mépris est taillée ta conscience politique pour que tu ailles jusqu’à traiter les indésirables d’« assistés » ? Pour un peu, tu soutiendrais que tout ça, c’et la faute au RMI... Ah, salauds de pauvres !
J’enrage de devoir être en colère contre toi. Et je suis triste comme un chien de lire sous ta plume des conneries malfaisantes qui, contrairement à ce que tu penses, ne sont plus dignes seulement du Figaro, puisqu’elles vérolent désormais cette gauche bien-pensante dont tu condamnes le prétendu laxisme (« l’œil impassible du flic », tu parles... T’as déjà vu comment se passe un contrôle policier, dans les cités ? Les insultes racistes, les tabassages, les arrestations arbitraires ? Demande à ceux qui savent, ils sont nombreux...). Tu prends la posture de l’homme seul qui ose élever la voix au-dessus des foules apeurées. Hélas, ça fait belle lurette que la conscience dont tu te targues est celle de la majorité. Prête un peu l’oreille à Julien Dray, à Jacques Julliard, à Chevènement et à tant d’autres hommes « de gauche » qui nous dictent l’air du temps : ils disent la même chose que toi, en plus faux-cul. Ton édito est conforme à la mode. Je suis même prêt à parier que tu as reçu des lettres de félicitations. Cavanna, l’homme qui dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas... Ca ne te rappelle rien ? Et merde.
Post-scriptum
Ce texte est paru dans le livre collectif La fabrique de la haine, Esprit frappeur, 2002
Notes
[1] Cf. Mouvement des Indigènes de la République, « Liberté d’expression ou haine raciale ? » et L. Lévy, « Censure, droit au blasphème et islamophobie »
[2] Cf. notamment Mona Chollet, « L’obscurantisme beauf » ; PLPL, « Les grands esprits pensent comme Val » et Olivier Cyran, « L’opinion du patron »
[3] Sic !
Olivier Cyran
http://lmsi.net/article.php3?id_article=533
Études de cas > Racismes
« Censure », « droit au blasphème » et islamophobie, Retour sur « l’affaire des caricatures de Mahomet »
Par Laurent Lévy, Février 2007
[…]
http://www.lmsi.net/article.php3?id_article=510
Les caricatures de Mahomet
CRDP de l’académie de Créteil
Le 30 septembre 2005 le quotidien danois " Jyllands Posten " publiait une douzaine de portraits de Mohamet, le prophète de l'Islam dont la représentation est généralement considérée comme interdite. D'abord limité très localement, le conflit opposant les partisans d'une liberté d'expression sans restriction et les islamistes radicaux qui crient à la provocation se propage en quelques mois dans le reste de l'Europe. En effet, en signe de soutien certains organes de presse reproduisent ce qui est dès lors appelé les " caricatures " de Mahomet. En France, c'est le quotidien France-Soir qui publiera les images en février : le président et directeur du journal, Jacques Lefranc, sera renvoyé dès le lendemain par le propriétaire, l'homme d'affaire catholique franco-égyptien Raymond Lakah. Charlie-Hebdo, dont la parution a finalement été acceptée par le tribunal de grande instance de Paris malgré une plainte du Conseil français du culte musulman, vend plus de 400.000 exemplaires de son numéro consacré à cette affaire mais est ouvertement critiqué par Jacques Chirac. D'autres pays diffusent ces images, de nombreuses manifestations de violence enflamment le Moyen-Orient et ravivent indirectement certains conflits, comme celui qui oppose palestiniens et israéliens. Peu à peu, la fièvre retombe.
Interview de Dominique de Villepin, Premier ministre [de la France], [par Jean-Pierre Elkabbach] sur Europe 1 (" Le Grand Rendez-vous ") le 5 février 2006
Interview inédite de Bernard Anthony, Président de l'AGRIF, Président de Chrétienté-Solidarité, organisme en première ligne pour attaquer en justice les outrages faits aux chrétiens et contre le " racisme anti-français, anti-européen, anti-chrétien ", à propos de l'affaire des caricatures
Intervention de Jacques Chirac, Président de la République [française], lors du Conseil des Ministres, sur la question des caricatures, le 8 février 2006
Déclaration de Justin Higgins, porte-parole du département d'État Américain, le 3 février 2006
Déclaration du ministre danois des Affaires étrangères Per Stig Moeller
Courrier envoyé par le Jyllands Posten aux rédactions de la presse algérienne via son ambassade (traduit de l'arabe)
Déclaration de l'Association du Manifeste de Libertés, " des hommes et femmes de culture musulmane qui portent des valeurs de laïcité "
« L'hebdomadaire jordanien Shihane publiait, le 2 fevrier dernier, 3 des caricatures danoises qui mettent aujourd'hui " le feu aux poudres " et se demandait " ce qui portait le plus préjudice à l'islam : ces caricatures ou bien les images d'un preneur d'otage qui égorge sa victime devant les caméras " (cité par Libération, 3 février 2006). Le problème est que ce journal a été retiré de la vente, et le directeur de publication, limogé. Ainsi, il y a certainement nombre de gens qui pensent la même chose en terre d'islam, mais ils n'auront pas le droit de le dire : c'est à eux que manque le plus gravement la liberté d'expression »
Extrait de " Siné sème sa zone ", Charlie Hebdo du 8 février 2006
Baptisés, circoncis, excisées, tous unis contre la barbarie de l'humour ! C'est touchant, une telle unanimité d'imbéciles ! " IL NE FAUT PAS CHOQUER LES CROYANTS " En quel honneur ? " IL FAUT RESPECTER LEUR FOI " Ah bon, pourquoi ? J'aimerais bien que quelqu'un tente de m'expliquer ces absurdités pourtant presque partagées par tous. Ces amateurs de sormettes ne nous respectent pas particulièrement, que je sache, nous les athées bon teint. Ces susceptibles ombrageux n'hésitent pas à polluer la plupart des paysages en érigeant, sans nous demander notre avis, dans le monde entier des églises, des temples, des synagogues, des mosquées à la gloire de leurs idoles et n'ont aucun scrupule à réveiller des millions de mécréants fatigués, roupillant du sommeil du juste, en agitant, plusieurs fois par jour, leurs cloches comme des malades ou en hurlant, du haut de leurs minarets, des appels insupportables à leurs prières à répétition. Que ces décervelés s'agenouillent ou se prosternent, mais en silence, merde ! [...]
extrait d'un article de Cavanna, (Charlie Hebdo du 8 février)
« Tu ne crois en rien. Tu as banni de ton langage l'usage du verbe "croire" à la première personne du singulier. Tu es athée. Pour toi, rien n'est sacré. Or, il te faut agir comme si le sacré existait, et que tu doives en tenir compte, parce qu'il existe des gens, que qu'on nomme des croyants, qui, eux, organisent leur existence autour de cette notion de sacré. " Tout est permis, mais il faut tenir compte de la sensibilité d'autrui " disent les bons apôtres. Que de délicatesse ! On en tient compte parce qu'on a la trouille, oui ! »
http://www.crdp.ac-creteil.fr/artecole/de-visu/images-interdites/images-interdites_affaire-mahomet.htm
Avec en couverture un dessin de Cabu montrant Mahomet se voilant le visage et disant : « C’est dur d’être aimé par des cons », le numéro de Charlie Hebdo publiant les caricatures parues au Danemark est en kiosque, malgré une tentative d’interdiction diligentée par les fédérations membres du Conseil français du culte musulman (CFCM).
par Didier Pasamonik
8 février 2006
http://www.universbd.com/spip.php?article3301
Rencontre avec Philippe Val, rédacteur en chef de Charlie Hebdo
ACTUABD : Dans cette affaire des caricatures, ce qui pêchait, n’était-ce pas moins la religion que le cléricalisme, cette volonté de mêler la religion à la chose publique.
Philippe Val : Oui, mais une religion sans le cléricalisme, ce n’est pas grand chose. C’est Paul Valéry qui disait que ce qui a de plus profond dans l’homme, c’est la peau. Dans la religion, le clergé a du sens. Il incarne la religion, il est la religion. Il est son épiderme, mais aussi sa profondeur. Il y a toujours une tentation chez le clergé, quel qu’il soit, d’être attiré par le pouvoir, comme un papillon de nuit par la lumière. C’est à la Démocratie de savoir sans arrêt inventer les contre-feux pour parer à cela. Ce que je reproche à la démocratie d’aujourd’hui, c’est qu’elle n’a plus envie d’inventer des contre-feux à ces entités que rien ne justifie que la façon dont y croit. C’est vrai pour les divinités, c’est vrai pour les nations. La nation, c’est un cadre, un moment important, à l’intérieur duquel on peut produire du droit. Ça se confond parfois, pas toujours, avec l’état, pas toujours mais très souvent, les états-nations, comme on dit. Et tout d’un coup, on tombe amoureux du cadre. Mais il ne faut pas tomber amoureux du cadre, comme les gens le font en ce moment avec le foot. Ce qui est important, c’est ce qui a dans le tableau. La divinisation du cadre, c’est toujours la figure du père, une figure oedipienne : la nation, dieu, etc. Les autorités surmoïques... C’est horrible. Les gens se soumettent au fouet. C’est vrai pour n’importe qui, les Chrétiens, les Musulmans, les nationaux. La diversité humaine n’est pas liée à l’origine ethnique ou religieuse, elle n’est pas liée à l’origine ; elle est liée à la personnalité, à la richesse des gens. J’aime bien que toutes les langues puissent dire le monde et plus il y en a mieux ça vaut... Mais la diversité, ce n’est pas de faire une musique différente de celle de son voisin ; elle sera toujours différente. Affirmer la différence, ce n’est pas créer de la différence. La différence, elle se crée d’elle même. C’est comme le style en littérature. L’écrivain qui ne pense qu’à son style, est un faiseur. Le style est quelque chose qu’on oublie quand on commence à écrire mais qui s’exprime dans l’écriture. Mais si on le travaille, si on le forge, on obtient quelque chose de différent. La diversité, c’est pareil, elle s’exprime dans la nature humaine. Si on cultive la différence, on est un con, forcément ! On est un mauvais poète, un mauvais musicien, un mauvais citoyen.
Propos recueillis le 2 juillet par Didier Pasamonik
9 juillet 2006
http://www.universbd.com/spip.php?article3933
jeudi 15 décembre 2005
Italie : le racisme à l’honneur
Mercredi 14 décembre, le président italien Carlo Azeglio Ciampi a remis une médaille d’or à plusieurs personnalités éminentes. Parmi les heureux élus figure Oriana Fallaci, autrefois journaliste vedette de la presse transalpine. Mais son évolution l’a conduite à publier des livres marqués par le racisme et l’islamophobie les plus grossiers, comme La Rage et l’orgueil (Plon, Paris, 2002).
Elle y dénonçait notamment les musulmans qui « au lieu de contribuer au progrès de l’humanité, passent leur temps, le derrière en l’air, à prier cinq fois par jour », « les fils d’Allah [qui] se multiplient comme des rats », « les mosquées [qui] grouillent jusqu’à la nausée de terroristes ou d’aspirants terroristes ». Et de s’interroger : « De simples franges extrémistes ? Des simples minorités fanatiques ? Non, mon cher, non. Ils sont des millions et des millions, les extrémistes. Ils sont des millions et des millions, les fanatiques ». Elle écrivait même : « Il y a quelque chose, dans les hommes arabes, qui dégoûte les femmes de goût »…
Dans son « Bloc-notes » du Point, le 24 mai 2002, Bernard-Henri Lévy trancha alors : « Il y a du Céline dans cette Fallaci-là. Le pire Céline. Celui qui, dans Bagatelles pour un massacre, utilisait le même lexique pour lancer son long cri de haine contre les fils, non d’Allah, mais de Moïse. » Dans le même numéro de l’hebdomadaire, Alain Finkielkraut lui rétorquait : Oriana Fallaci « s’efforce de regarder la réalité en face. Elle refuse le narcissisme pénitentiel qui rend l’Occident coupable de ce dont il est victime. Elle prend au mot le discours et les actes des adversaires. Mais comme elle en a gros sur le cœur, elle va trop loin. Elle écrit avec des Pataugas ».
Comme Alain Finkielkraut lorsqu’il se confie au quotidien Haaretz ?
http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2005-12-15-Le-racisme-a-l-honneur
Islamophobie : Malaise persistant autour du " cas " Maurice G. Dantec
Malaise persistant autour du " cas " Maurice G. Dantec
Le Monde | 11.02.04 | 13h34
L'écrivain français, figure du " néo-polar ", assume sa défense de l'Occident chrétien contre l'islam et ses lettres ouvertes au groupe d'extrême droite Le Bloc identitaire.
Y aura-t-il une affaire Dantec ? La publication de trois lettres de l'écrivain au groupe d'extrême droite Le Bloc identitaire a jeté le trouble (Le Monde du 23 janvier). L'auteur des Racines du mal aime la provocation, surtout depuis qu'il s'est lancé dans la publication de son « journal métaphysique et polémique », Le Théâtre des opérations (Gallimard, 2000 et 2002). Comme d'autres auteurs de romans noirs, Maurice G. Dantec passait alors, avec ces volumes, sous la couverture blanche de Gallimard et changeait de statut.
À mi-chemin entre l'écrivain maudit et la vedette de rock - il a joué dans des groupes, avant de remonter sur scène avec le musicien Richard Pinhas -, son look déjanté attirait la curiosité des médias et du monde littéraire.
Dans les deux volumes de son journal, il dit détester l'ONU (« l'onuzisme »), « l'hypocrisie jésuitique antiraciste » et « la démocratie totalitaire humanitaire ». Exilé au Canada, à la fin de 1998, il commente l'agonie de « Zeropaland » et prend la défense de l'Occident chrétien, citant pêle-mêle Léon Bloy, Pierre Drieu La Rochelle, Joseph de Maistre, Jean Madiran, à côté de Nietzsche, Deleuze, Cioran, Revel, Huxley ou Houellebecq.
On trouve, disséminées dans près de 1 500 pages, des assertions comme : « Cinq skinheads violent une jeune Sri-Lankaise. Crime raciste. Cinq zulu-brothers violent une jeune Blanche. Drame des banlieues. » Ou encore : « La seule minorité à qui on interdit le droit (moral) de se défendre : l'hétérosexuel blanc, riche et cultivé. » Il assume, comme il le dit dans sa lettre au Bloc identitaire, d'être « définitivement étiqueté " fasciste " ou " white trash " par la presse des bobos ».
Dans ses lettres aux " identitaires ", il commence par évoquer son « désaccord profond » avec le groupuscule sur la civilisation américaine et « l'importance stratégique du royaume d'Israël dans notre lutte contre l'Antéchrist coranique ». Il salue leur « combat, sans doute bien difficile, pour empêcher la dissociation de la France, l'islamisation de l'Europe, la dissolution de l'Occident (le vrai) ». Il évoque son exil au Canada pour « protéger - sa famille des exactions de nos amis les Chances-pour-la-France -allusion au livre L'Immigration, une chance pour la France, de Bernard Stasi – » afin que sa fille ne devienne pas « la proie des bêtes sauvages ».
« C’est un grand romancier »
Chez Gallimard, c'est la consternation. « Je suis en désaccord avec ce qu'il dit mais je n'arrive pas à le prendre tout à fait au sérieux, explique le directeur de la " Série noire ", Patrick Raynal. Il était du côté des musulmans en Yougoslavie, très intéressé par le soufisme, puis il s'est mis à haïr l'islam. Je souhaite qu'il cesse cet épisode de délires pour qu'il écrive des romans. C'est un grand romancier. » Son autre éditeur, Michel Braudeau, n'a pas voulu s'exprimer. Il est cité dans Le Nouvel Observateur du 5 février : « J'ai toujours su, moi, qu'il était facho. On n'est pas toujours d'accord avec ce qu'on édite. »
Philippe Sollers, qui a défendu Dantec en tant qu'écrivain, explique : « Voilà un écrivain qui pratique une sorte de tourbillon qui correspond à sa vision de la société planétaire d'aujourd'hui, elle-même très tourbillonnante. Dans ce tourbillon, très peu filtré, on aperçoit des fulgurances, au milieu de ce qu'il faut bien appeler une impossibilité de pensée philosophique, qui est symptomatique de notre époque. Cette carence peut mener malheureusement à des propos inacceptables, c'est-à-dire ultraréactionnaires. » Philippe Sollers a été l'une des cibles de ce Bloc identitaire, quand il s'appelait encore Unité radicale, dissous après l'attentat manqué contre Jacques Chirac le 14 juillet 2002.
Daniel Lindenberg avait intégré Maurice G. Dantec dans son pamphlet Le Rappel à l'ordre, Enquête sur les nouveaux réactionnaires (Seuil, 2002) : « Je ne suis pas surpris, note aujourd'hui Daniel Lindenberg. D'ailleurs, à part le fait qu'il s'adresse désormais ouvertement à un groupe néonazi et qu'il fait directement des plaisanteries à la Le Pen, il n'y a pas d'évolution notable sur le fond. La fascination de Dantec pour le fascisme était déjà clairement énoncée dans ses livres. La seule chose, c'est que toute une presse de gauche a voulu nous faire croire que Dantec était un peu allumé, qu'il fumait beaucoup, qu'il ne faisait pas de politique... »
Dans un entretien au Monde, Maurice G. Dantec, parfois qualifié, à tort, d'ancien gauchiste, assume ses propos au Bloc identitaire : « Je ne nie pas avoir dialogué avec le Bloc identitaire en connaissance de cause, mais je rappelle que je n'ai pas adhéré, je n'ai aucun lien politique avec eux. C'est vrai, je suis un type bizarre, je crois aux dialogues transversaux. J'ai vu qu'avant moi, Pierre-André Taguieff avait été attaqué, et littéralement ostracisé, pour avoir dialogué avec Alain de Benoist, ce que je ne comprends toujours pas. Pourquoi n'a-t-on plus le droit de parler avec ceux avec lesquels on n'est pas d'accord ? C'est une conception pour le moins étrange de la démocratie. Je ne nie absolument pas être un conservateur, un catholique qui défend les valeurs de cette religion. Je suis favorable à une Constitution européenne réaffirmant les valeurs chrétiennes. On n'est pas fasciste lorsque l'on défend les valeurs judéo-chrétiennes, la pérennité de la civilisation européenne, celle de la civilisation américaine et l'existence d'Israël. »
Les propos de Maurice G. Dantec s'inscrivent dans un courant d'islamophobie que l'on retrouve dans des propos de Michel Houellebecq et dans le dernier livre de la journaliste italienne Oriana Fallaci (La Rage et l'Orgueil, Plon). « Qu'on ne me dise pas que je suis islamophobe et que je ne connais rien à l'islam », réplique Maurice G. Dantec.
« J’ai lu le Coran »
« D’abord : islamo-phobe ! Quelle est donc cette nouvelle maladie mentale, à ranger avec agoraphobie, claustrophobie et autres névroses, comme celles dont on accusait les dissidents anticommunistes ? On peut être opposé théologiquement et politiquement à l'islam sans souhaiter l'extermination des populations de confession musulmane. Je rappelle que je suis allé en Bosnie, du côté des Musulmans bosniaques (et des catholiques croates). Évidemment, à l'époque, j'étais un petit auteur de la " Série noire ", cela intéressa fort peu. J'ai lu le Coran, j'ai lu Massignon, j'ai lu Henry Corbin. J'ai été très attiré par le soufisme. Mais j'ai été converti par la foi chrétienne. On dit alors que je prends une pose. Une pose ? Je n'étais même pas baptisé. Mais je le serai dans quelques jours ! »
Il vit et écrit la nuit. Enfermé dans son " laboratoire de catastrophe générale ", il expérimente des drogues et voit le monde à travers son écran d'ordinateur : « Je suis abonné à un grand nombre de lettres d'information par Internet. De France, des États-Unis, d'Israël, de Grande-Bretagne et du Vatican, parce que j'ai le sentiment de ne pas avoir assez d'informations fiables dans les grands médias traditionnels. Ce qui vient de m'arriver me conforte dans cette idée. »Il injurie, par Internet ou par lettres, ceux qui l'attaquent, traque la " bien-pensance " dans les médias dominants, qui vont pour lui du Monde diplomatique au Figaro-Magazine. C'est ainsi qu'il a pris la défense de Renaud Camus, accusé d'antisémitisme.
Dans sa troisième lettre au Bloc identitaire, Maurice G. Dantec prend la posture du martyr : « Chaque homme a ses limites, je crois que je suis en train d'atteindre les miennes. (...) Veuillez continuer à m'envoyer votre Lettre, je verrai dans l'avenir comment vous répondre (...), juste avant le bûcher. »
Alain Salles
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Gallimard relit avec soin le nouveau manuscrit
Gallimard prend de grandes précautions avec le troisième tome du Théâtre des opérations, de Maurice G. Dantec, qui ne devrait pas paraître avant l'automne. Il fait l'objet d'une relecture très attentive des services juridiques et des avocats de Gallimard, pour qui plusieurs passages posent problème. « on journal comporte des propos diffamatoires. Nous lui demandons de les retirer, souligne Antoine Gallimard. Nous ne souscrivons évidemment pas aux propos qu'il tient sur Internet, mais nous n'en sommes pas responsables. Si son journal doit reproduire ce qu'il dit sur Internet, nous ne le publierons pas. » « Tout ce qui, sous l'influence de la colère, a dépassé les bornes, sera rendu légalement acceptable, explique Maurice G. Dantec. En attendant laissez-moi vous dire que c'est à se demander si Gallimard pourrait encore publier Morand, et je ne parle pas de Céline ! »
Article paru dans l’édition du 12 février 2004
Sources :
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3246,36-352593,0.html
Mercredi 11 Février 2004 mis en ligne par Abu Dabi
http://www.minorites.org/article.php?IDA=436
Nos medias sont-ils devenus fous ?
Sylvain Attal
13 novembre 2005
Voici 17 jours que la France s'est embrasée et ce dimanche, je lis, éberlué, dans une dépêche d'agence, que la « situation revient progressivement (!) à la normale » (Reuters), car il n'y a eu que 374 voitures brûlées lors de cette 17ème nuit de violence. Et par une autre (AFP) que « le retour au calme est perceptible, malgré « quelques incidents ».
Quelques incidents ?
[…]
Je ne comprends rien à cette vague d'autocensure, sinon qu'elle ajoute aux malheurs de la France. Nous sommes dans un pays où les élites ne veulent décidément pas voir la tragédie, et ont dramatiquement intériorisé la culpabilisation bien-pensante qui ferait des medias les responsables de ce soulèvement des banlieues, de la France entière la grande fautive pour ne pas avoir suffisament fait de place à ces enfants d'immigrés ramenés à leurs seuls déterminants ethniques.
Autre chose: Ces scènes de défoulement collectif étaient par exemple décrites dans les paroles du chanteur rap Monsieur R (adulé par Besancenot). Mais quand les rappeurs parlaient de la France comme « d'une garce », ou de « niquer la police », on n'a pas voulu les prendre au pied de la lettre, de peur de ne pas sembler assez « moderne ».
Pour une réflexion approfondie, pessimiste et lucide de ces événements comme affolement de la modernité, écoutez la denière émission d'Alain Finkielkraut sur RCJ [http://www.radiorcj.info/reecouter_detail.tpl?sku_arch=31797245572153131]
Pour une vision encore plus noire, celle de Maurice G Dantec, interviewé sur radio Canada [http://ungraindesable.hautetfort.com/archive/2005/11/04/dantec-reagit-aux-emeutes.html]
Publié par Sylvain Attal
Journaliste à " France 24 "
Commentaires :
Nimbus a dit…
11:39 PM, novembre 13, 2005
Je reagis encore, pour etre critique une fois de plus, desole...
Dantec c'est un facho. Un reactionnaire de la pire espece. C'est pas pour rien que les gens de france-echos reprennent ses propos. Vous l'avez lu "le theatre des operations" ?
Son interview est a vomir, enfin je dis ca, faites preuve d'un peu d'esprit critique... on les attends toujours les Ak47 qui fleurissent sois disant en masse.
Allez voir les reactions ici:
http://www.france-echos.com/actualite.php?cle=7517
Par ailleurs:
Malaise persistant autour du "cas" Maurice G. Dantec
Le Monde | 11.02.04 | 13h34
L’écrivain français, figure du "néo-polar", assume sa défense de l’Occident chrétien contre l’islam et ses lettres ouvertes au groupe d’extrême droite Le Bloc identitaire.
[http://www.minorites.org/article.php?IDA=436]
Sylvain Attal a dit…
12:00 AM, novembre 14, 2005
J'attendais une réaction: Dantec Facho, ça n'a pas tardé. Je ne partage pas la même mansuétude que Dantec pour les gens du bloc identitaire, loin s'en faut. Mais je constate qu'il a su aussi se distancier sur certains points. Ce qui les réunis c'est evidement une certaine conception de l'islam qui rejette l'angélisme poltiquement correct. Ce qui me gène c'est le risque de stigmatiser des millions de braves gens qui pratique cette religion dans un esprit humaniste. Mais en même temps je crois qu'il est temps de se rendre compte du rôle politique re joue l'islam sur toute la planère et jusque dans nos banlieues. Effectivement on peut ressentir que nos valeurs sont en danger. les miennes ne sont peut être pas exactement les mêmes que celles de Dantec mais s'il dit qu'il pleut sous la pluie alors que tout le monde prétend qu'il y a du soleil, je ne vais certainement pâs dire le contraire même si " france echo " le reprend.
Pour moi l'islam politique est bien le nouveau totalitarisme, un fascisme vert.
Nimbus a dit…
5:12 PM, novembre 14, 2005
Bonjour,
le cas Dantec m'interesse: j'avais aime ses premiers livres mais il a pete un cable apres le 3e.
Je suis d'accord: l'islam politique est dangeureux. Mais assimiler nos banlieues aux territoires palestiniens, c'est un peu trop violent, a mon gout, et ca donne du grain a moudre aux imams extremistes.
Donner une image des banlieues faites de viols, de Ak47 de sauvages est a la fois errone et dangeureux.
Combien de Ak47 pendant les emeutes ? combien de drapeaux verts, de keffieh ?
combien d'imam appelant a l'insurrection ? combien de blesses par balles ?
Et puis le laius de Dantec sur la culture rap-de-mort... Il a jamais ecoute un album en entier. Alors le Death metal de facho ne pose pas de probleme, le punk d'extreme gauche non plus, mais le rap si. Pourtant il n'y pas que des morceaux 'violents'. D'autres appellent au respect des femmes. D'autre a la responsabilite. D'autre encore condamnent les imams et les drapeaux vert. Mais tous ces gens causent sans savoir, comme d'habitude, ils ont un avis eclaire sur tout.
VinZ a dit…
5:36 PM, novembre 14, 2005
Pour moi, Dantec est un peu comme Fallaci : à la base, il est tout sauf raciste, mais il déteste tellement l'islam qu'il en arrive à détester les musulmans... et à commettre quelques dérives racistes.
C'est bien malheureux, car ça rend caricatural son discours qui, à la base, est plutôt intéressant à entendre, ne serait-ce que pour avoir une diversité de points de vue, et se forger sa propre opinion sur l'islam.
steack a dit…
7:33 PM, novembre 23, 2005
A propos de Dantec, personnellement ce qui me dérange chez lui, ce n'est pas qu'il n'aime pas l'islam (une religion qui interdit de manger
Vos réactions sont les bienvenues. N'hésitez pas !!!
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