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Encensement et diabolisation par Léon Michaux


Élevée par le magazine Elle au rang de femme de l'année en 1991, et à celui de baronne par le palais royal, en 1996, pour son engagement humanitaire, Marie-France Botte comparaît le 29 octobre 2003 dans le cadre d'un procès en diffamation.

En 1988, Marie-France Botte, assistante sociale de 26 ans, part travailler en Thaïlande pour le compte de l'organisation Terre des hommes dans un camp de réfugiés, entrant en contact avec les enfants alimentant les réseaux de prostitution. En 1994, une revendication de Madame Botte prend force de loi : on peut désormais poursuivre en Belgique un pédophile actif à l'étranger. En 1995, les époux Dupont portent plainte contre Madame Botte pour détournement de fonds et abus de confiance. Ils prétendent que Marie-France Botte s'attribue les mérites du CPCR (Center for the Protection of Children's Rights, en Thaïlande) alors qu'elle ne travaille plus avec ce centre et qu'elle continue à récolter des fonds au nom du CPCR. En 1996, prenant position sur les affaires de pédophilie qui secouent la Belgique pendant l'été, Marie-France Botte soutient la thèse des réseaux organisés. Des enquêtes d'Au nom de la loi et du Soir illustré se montrent très sceptiques quant aux résultats concrets de son action en faveur des enfants prostitués de Thaïlande. Le Soir illustré fait état de nombreux témoignages concernant les pratiques diffamatoires auxquelles Marie-France Botte recourrait pour écarter adversaires et contradicteurs. Son association -- l'asbl Opérations Marie-France Botte -- serait liée à la plainte mettant en cause Elio Di Rupo dans un dossier de pédophilie qui se dégonflera rapidement. En 1998, la plainte des époux Dupont donne lieu à l'ouverture d'une instruction par le juge Van Espen, spécialiste de la délinquance financière. À la fin de l'année, Marie-France Botte tente de se suicider. Son association est mise en veilleuse. En juillet 2002, Marie-France Botte est inculpée de faux et d'abus de confiance par le juge Van Espen.

L'affaire pour laquelle Marie-France Botte comparaît, remonte au licenciement du journaliste de la RTBF Pierre Swennen en automne 1994. Se renseignant sur les raisons de son renvoi éclair, il apprendrait que Marie-France Botte l'accuse de faits de pédophilie. Quelques jours après le licenciement éclair de Pierre Swennen, Claude Lelièvre -- le délégué général aux droits de l'enfant -- dénonce celui-ci au parquet de Bruxelles comme trafiquant d'images pédophiles, sur foi de “ déclarations de personne de confiance ” dont il refusera toujours de révéler l'identité. En 1998, après avoir porté plainte contre Lelièvre, Pierre Swennen introduit une plainte contre Marie-France Botte, convaincu qu'elle est à l'origine des dénonciations auprès de Jean-Louis Stalport -- administrateur général de la RTBF -- et Claude Lelièvre -- le délégué général aux droits de l'enfant --. C'est l'époque du soupçon de pédophilie suscité par l'affaire Dutroux. Pierre Swennen, homosexuel, se dit victime de la logique “ il n'y a pas de fumée sans feu ”…

Le 14 mars 2002, soit neuf ans après le licenciement de Pierre Swennen, la chambre du conseil décide de renvoyer Marie-France Botte en correctionnelle. Claude Lelièvre, lui, bénéficie d'un non-lieu, la chambre estimant que sa dénonciation cadre avec les attributions de sa mission de protection de l'enfance.

 

d'après Télé Moustique, 22 octobre 2003

 

LE JOURNAL DU MARDI

 

[La presse remet à la une la figure de Marie-France Botte] la présentation que l'on fait d'elle est au mieux ironique -- dans le genre Madame la baronne sans titre -- et au pire cruellement péremptoire : cette femme est coupable, sans scrupules, maladivement jalouse et manipulatrice. Le procès est clos avant d'avoir commencé. Le journalisme a rendu son verdict.

                Je ne connais pas grand-chose au fond de l'affaire et encore moins à la vie de Madame Botte mais ce qui m'étonne, c'est que l'hagiographie passée et l'ignominie présente, l'excès d'honneurs et l'indignité, émanent des mêmes journalistes. Je me souviens de l'époque, pas tellement lointaine, où la totalité de la presse écrite et audiovisuelle n'avait pas assez de laurier pour ceindre la statue de celle dont elle avait fait une héroïne. Maintenant on nous laisse entendre que tout était faux, bidonné, pas très frais. S'il n'y avait dans la corporation du journalisme une tendance lourde à l'auto-absolution, les hagiographes de Madame Botte auraient dû s'excuser puisque, selon ce qu'ils disent aujourd'hui, ils ont participé autrefois à la diffusion de fausses nouvelles et transmis au public des informations non-vérifiées et non-recoupées. Lorsqu'en 2003, ils condamnent leur madone d'hier travaillent-ils mieux que quand ils lui baisaient les pieds ? Faute d'une reconnaissance de leurs errements passés, sont-ils plus crédibles maintenant simplement parce qu'ils affirment le contraire de ce qu'ils ont dit ou écrit il y a quelques années ?

                En tant que journaliste, je suis toujours fort surpris lorsque la presse exige des autres une transparence et une obligation de sincérité dont elle s'exonère. […]

                [Le fonctionnement de la presse a abouti ces dernières années] à dévoyer le concept de ce que l'on nous présente encore comme des enquêtes et qui ne sont souvent que des lectures ou relectures de fuites orchestrées par certains membres du monde policier ou judiciaire. P.-V. d'auditions ou rapports d'experts soigneusement choisis donnent ainsi du grain à moudre là où la prudence voudrait que l'on s'interrogeât sur le choix et le pourquoi de telles fuites ciblées. […]

 

Léon Michaux, in : le Journal du mardi, n°139, 11 novembre 2003

 

 

LA VACHE FOLLE n°28, février 2004, page xx

Affaire Marie-France Botte

 

 

LE VIF/L'EXPRESS

 

« Le 16/11/2003, le tribunal de Bruxelles déclare Marie-France Botte coupable de calomnie et la condamne -- sans lui infliger de peine -- à dédommager (10 000 euros) un ancien journaliste de la RTBF licencié suite à des allégations sur un commerce de cassettes pédophiliques. »

 

In : le Vif/l'Express, 28 novembre 2003

 

 

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